Emmanuel de la Villéon :

Citations

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
1904 : Henry Eon, chroniqueur de revues d'avant-garde, en, dans un compte rendu de La Nationale :

« L'œuvre de Monsieur de la Villéon, si admirateur qu'il soit de Monsieur Claude Monet, ne se rattache directement à aucune école. Elle reste personnelle et pour qui a suivi son développement…, son exposition de ce jour est le plus éclatant succès de la volonté opiniâtre surmontant, sans formules, les pires difficultés. »

1909 : Thiébault-Sisson, critique, Le Temps, 27 février. :

«...Aucun peintre à mon gré, sauf Claude Monet, ne traduit avec cette ampleur la nature et ne la fait frissonner dans ses interprétations avec une telle justesse. Issu des impres­sionnistes, son Art ne relève en rien néanmoins des formules dans lesquelles ils ont enfermé leur vision. Il est aussi personnel qu'il est large, aussi pénétrant qu'il est noble... »
1927 : Louis Vauxcelles, critique,  préface du catalogue de l'exposition à la Galerie Drouant,

 «... cette ombrageuse fierté, cette pudeur, cette sensibilité exquise, ces allures de gentleman-farmer épris de culture, de musique, de silence (Qui donc l'a surnommé « Monsieur des Lourdînes » ?) cette modestie, ce talent délicieux de coloriste, tout cela compose, n'est-il pas vrai, un personnage qu'on doit aimer. Aussi veuille La Villéon m'autoriser à le dire en public, outre l'admiration que m'inspire son coloris pétri de joie et de clarté, le registre rare de ses valeurs, l'élégance racée de son dessin, j'ai, pour son caractère, haute estime et pour sa personne, franche amitié».


1975 : Gérald SCHURR, historien et critique d'art, dans le préface du livre « Emmanuel de la Villéon - sa vie, son œuvre » (les éditions de l'amateur)

« Emmanuel de la Villéon fait partie de cette cohorte d'excellents artistes que nous redécouvrons aujourd'hui, dont la réputation s'est trouvée pour un temps submergée par leur discrétion même - et par le fracassant dynamisme des créations actuelles. C'est un indépendant, dans tous les sens du terme. Mais ce solitaire ne perd jamais de vue le quotidien, ce terrien reste attaché aux valeurs naturelles. Il connaît, certes, des envolées - je pense en particulier à ses toiles signées dans les années 1910 - et certaines de ses œuvres pourraient figurer dans une manifestation consacrée aux Symbolistes ; mais son lyrisme onirique reste en quelque sorte raisonné, curieusement lié à l'échelle humaine. Fouquet et Poussin - et, sans doute, aussi Descartes - sont passés par là. La nature, chez lui, est toujours virgilienne, nouvelle preuve de l'attachement de l'artiste au classicisme.

L'homme montrait une simplicité rayonnante ; la certitude apaisante et tonique de l'artiste qui entend rester libre - et libre d'abord, autant que faire se peut, de l'influence des aînés. Si certaines toiles hollandaises de 1889 évoquent Jongkind et sa miraculeuse faculté de dresser en quelques touches brèves le décor exact d'un port ou d'un estuaire ; si, l'année suivante, l'écriture en virgules et la manière pointilliste de construire une surface prouvent l'ascendant qu'exercèrent un moment sur sa technique deux de ses « phares », Van Gogh et Seurat ; si enfin, dans le siècle naissant, il donne parfois la primauté cézannienne aux accords de tons sur le souci de l'atmosphère, jamais sa conception fondamentale et sa manière n'ont accusé quelque «démarque». Inconsciemment, cet aristocrate de la peinture s'émancipe, se garde de toute inféodation à la discipline d'un mouvement esthétique.

Il est romantique sur les bords du Rhin, impressionniste lorsqu'il brosse en Normandie les coteaux de la Seine et les ciels chers à Boudin et à Monet. Mais toujours à sa façon : des lignes imprécises, des reflets fluctuants et tranquilles, des silhouettes mouvantes et colorées. Sa technique serrée recèle de surprenantes audaces, ses paysages savamment équilibrés disent bien les particularités d'un métier vite et solide­ment acquis, mais constamment perfectionné. Face à la fine lumière des collines de la Puisaye, devant le « marbre dur » de la Provence latine, il élimine instinctivement l'anecdote, ordonne sa composition en grandes lignes schématiques, confère à l'espace une harmonie profonde, une vigueur chaleureuse qui nous restitue sans aucune apparence d'effort la ferveur du peintre, son impétuosité sagement maîtrisée. La qualité intimiste de son émotion devant le paysage qu'il a élu reste intacte, en prise directe avec la nature. Grâce à la vivacité du regard, à la certitude d'une main qui excelle dans les notations rapides, il nous communique sa couleur, sa lumière et son parfum. »
retour