Emmanuel de la Villéon (1858-1944)

Biographie



«Emmanuel de la Villéon (1858-1944) est l'un des derniers grands peintres impressionnistes. Il est né à Fougères rue de la Forêt, presque par hasard, chez sa grand-mère, Madame de la Hubaudière.
Ce grand seigneur aux admirables yeux clairs, à la fine bouche encadrant un visage aimable, à la longue silhouette élégante, a rythmé sa vie avec son pinceau. Il a trouvé ses heures ensoleillées dans la peinture. Et son immense talent, indiscuté par les critiques, mérite d'être mieux connu du public, amoureux de la beauté.

La Villéon est le peintre de l'harmonie, de la joie tranquille, de la mélancolie au regard calme, de l'équilibre, de la sérénité ou de la fatalité paysanne où même les misères et les souffrances sont effacées par le rythme lent des saisons. Tout est charme dans ses toiles.

La Villéon est surtout le peintre de cet univers mystérieux qu'est la forêt. Son élégance, sa délicatesse, et son génie des couleurs imprègnent ses arbres graciles, droits ou contournés, toujours prêts à la conquête du ciel. Aristocrate jusqu'à la pointe de son pinceau, il rêve dans l'invraisemblable fouillis des frondaisons.

Emmanuel de la Villéon, magicien souriant de la couleur, est un des peintres les plus attachants de l'impressionnisme français. »

(citation de Michel Cointat, Ancien Ministre et ancien Président de l'Association des Amis du Musée E. de la Villéon)


"EMMANUEL de la VILLEON tient une place éminente parmi ces artistes marginaux que l'on connaît tardivement, créateurs à part entière qui se tenaient modestement et délibérément à l'écart du tapage des grandes manifestations parisiennes.

Foncièrement indépendant, ce peintre solitaire demeure attaché à sa terre, à la nature - et ne perd jamais de vue le quotidien. Il reste fidèle, par choix et par tempérament, à toutes les valeurs du classicisme. Sagesse qui n'empêche nullement une vive curiosité à l'égard de certaines conquêtes esthétiques de ses contemporains. […]

Sa facture dense et serrée recèle des audaces qui ne choquent nullement l'oeil du profane mais que d'autres ne sauraient imiter sans les ressources d'un métier consommé, qu'il raffine et perfectionne jusqu'en ses dernières années. Instinctivement, il domine maintenant sa fougue, son désir de nous restituer le motif: l'espace qu'il nous donne à voir est une harmonie de volumes subtilement imbriqués, de tons chaleureux et flamboyants qu'une lumière légère vient exalter. Jusque dans sa dernière toile, signée à l'âge de quatre-vingt six ans, Emmanuel de la Villéon a su nous rendre, d'une main restée étrangement ferme, la qualité de son émotion devant ce qu'il appelait «les créations divines et les splendides merveilles» de la nature. »

(citation de Gerard Schurr, Revue ABC Décor d'Avril 1976)




Issu d'une ancienne famille aristocratique bretonne, Emmanuel de La Villéon voua sa vie à la peinture. En 1880, il quitte sa ville natale pour Paris, où il est initié très tôt à la peinture en plein air par ses amis Alfred Roll et Emmanuel Damoye. Passionné par cette manière de peindre, il s'installe là où ses promenades quotidiennes le conduisent : près d'un chemin, sur le bord d'un étang, d'une rivière ou dans un champ. Soit il peint directement sur la toile, soit il fait divers croquis, y notant ses impressions, les couleurs et autres renseignements dont il aura besoin plus tard dans son atelier. Dès les années 1910, il utilise des petits panneaux en bois, en carton ou sur toile, format carte postale, pour y faire des études sur le vif. Il les appelait ses « fonds de boîte ». Tellement expressifs, certains de ces travaux sont de véritables chefs d'œuvre à part entière.

Emmanuel de La Villéon aime voyager. Il séjourne principalement chez des membres de sa famille, en Bretagne chez son frère, en Normandie chez son cousin, en Suisse chez ses beaux-parents ou dans le Cher chez sa belle-sœur. A partir des années 1920, il loge régulièrement chez chacune de ses trois filles, à Mayence en Allemagne, à Grenoble et à Yonville en France entre autres. En 1889, son premier voyage à l'étranger, en Hollande, lui fait découvrir une lumière irradiante, aux atmosphères changeantes. Sa palette s'éclaircit et s'illumine. Il en exclut le noir au profit du mélange des couleurs. Entre 1900 et 1936, il est propriétaire d'une maison à Salvar, dans la Nièvre. Les points de vue y sont nombreux et La Villéon y vit principalement à partir de 1915. En 1905, il séjourne dans les Hautes-Pyrénées puis, en 1921, sur la Côte-d'Azur. Il en profite pour transformer les habituels pommiers en palmiers flamboyants. Partout où il va, un paysage prend vie sous ses pinceaux.

Son principal souci est la lumière. Comment retranscrire son scintillement sur les eaux d'un lac ou de la mer, ses rayons qui percent à travers les troncs d'arbres d'une forêt ou la chaleur qui se dégage d'une plaine chauffée par le soleil estival ? Pour répondre à ce besoin vital il adopte la touche impressionniste. Ces petites touches de couleurs pures, juxtaposées rapidement les unes à côté des autres, lui permettent de capturer l'atmosphère d'un instant furtif. La Villéon travaille alors beaucoup autour d'une même vue, peinte à des heures, voire à des saisons, différentes (voir notre série sur les plaines vaudoises). Les paysages sous la neige sont pour lui une occasion unique de jouer avec brio sur les nuances de bleu, de rose et de violet que le soleil fait refléter sur les cristaux de glace.

Largement inspiré par l'impressionnisme, Emmanuel de La Villéon reste néanmoins indépendant et s'intéresse aux différents styles de son temps.  Présentant son travail dans la plupart des expositions parisiennes, il est tout à fait au courant des nouvelles recherches de ses collègues. Aussi, vers le milieu des années 1890, il va réaliser de magnifiques arbres inspirés par la touche hachurée de Van Gogh. En 1909, il fonde, avec d'autres artistes, la “Société Moderne”. Il y côtoie des impressionnistes, des expressionnistes mais aussi des symbolistes tel Odilon Redon ou Maurice Chabas. Inspiré par ces derniers, il va, dès 1910, et parallèlement à ses œuvres plus traditionnelles, développer son imaginaire poétique autour de contes et légendes bretonnes. Des paysages étranges aux couleurs sombres, où les arbres sont tourmentés, tordus et recouverts de mousse, plongent le spectateur dans une atmosphère presque fantomatique.




Dès 1890, E. de La Villéon expose dans les différents salons (Salon des Indépendants, Société Nationale des Beaux-Arts dit la Nationale, Salon des Inquiets, Union Libérale des artistes Français, Société Moderne, Salon d'Automne, Salon des Tuileries) et galeries de Paris (Georges Petit, Durand-Ruel, La Boétie, Ruaz entre autres). Il présente également ses œuvres en province (à Vannes, Rennes, Bourges, Angers, Bordeaux, Cosne, Grenoble…), et à l'étranger (en 1918 au Canada et aux Etats-Unis, en 1925 à Copenhague et en 1927 au Japon). La plupart du temps il expose avec un groupe d'artistes (les Inquiets, l'Eclectique, les Bretons de Paris, Aux tendances nouvelles). Néanmoins, il organise à plusieurs reprises ses propres expositions particulières (1896, deux en 1922, 1927, 1937 et 1943).

Très apprécié par les critiques, Henry Eon (chroniqueur de revues d'avant-garde), disait de lui en 1904 dans un compte rendu de La Nationale :

« L'œuvre de Monsieur de la Villéon, si admirateur qu'il soit de Monsieur Claude Monet, ne se rattache directement à aucune école. Elle reste personnelle et pour qui a suivi son développement…, son exposition de ce jour est le plus éclatant succès de la volonté opiniâtre surmontant, sans formules, les pires difficultés. »

Reconnu par ses pairs, il obtient, en 1898, la médaille d'argent à l'Exposition Internationale de Vincennes et un diplôme d'honneur à la 6ème Exposition de Travail de la Ville de Paris. En 1902, il est nommé associé de la Société Nationale des Beaux-Arts et, en 1940, il en devient sociétaire.

En 1943, il a 85 ans. Il organise, à la galerie La Boétie, une grande et dernière exposition illustrant toute sa vie et son œuvre.

Portrait
Portrait du peintre (1964, d'après Even 1890)

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